Germinal Peiro, Député de la Dordogne

Cantons: Belvès, Le Bugue, Carlux, Domme, Hautefort, Montignac, Salignac-Eyvigues, Sainte-Alvère, Saint-Cyprien, Saint-Pierre-de-Chignac, Sarlat, Terrasson, Thenon, Vergt, Villefranche-du-Périgord.



A Bergerac, 2500 retraités agricoles ont manifesté pour une revalorisation des pensions


A Bergerac, 2500 retraités agricoles ont manifesté pour une revalorisation des pensions

Pas étonnant que le rendez-vous ait été fixé à Bergerac. Avec 6 500 adhérents, la Dordogne est le département où l'Association nationale des retraités agricoles de France (Anraf), organisatrice de la grande manifestation nationale d'hier après-midi, enregistre le plus grand nombre de membres. Les rues de Bergerac ont été prises d'assaut par 2 500 retraités agricoles, venus dénoncer des pensions « misérables ». Ils demandent une revalorisation de leurs retraites à 85 % du Smic, soit 1 000 euros, et la parité hommes-femmes. Dès 14 heures, 45 bus venus de onze départements du Grand Sud-Ouest avaient rempli la plaine des sports de Picquecailloux pour ce congrès annuel, à quelques jours d'une rentrée sociale mouvementée.

À la tribune, le maire de Bergerac, Dominique Rousseau, a rappelé toute l'importance de l'agriculture, indiquant « qu'en Bergeracois l'activité agricole et l'industrie agroalimentaire occupent une place prépondérante de l'économie locale : 12,7 % de la population active ».

Une faible revalorisation
"On a travaillé pour rien"

Henri Drapeyroux est à la retraite depuis vingt ans. L'ancien exploitant, âgé de 80 ans, touche 674 euros de pension mensuelle. « C'est totalement insuffisant. J'ai 55 euros à payer pour les médicaments que je prends tous les mois contre des problèmes de santé. Plus l'assurance voiture, la taxe d'habitation, l'assurance-maladie… Qu'est-ce que je peux faire avec mes 674 euros ? À la fin du mois, c'est simple, il ne me reste rien. »

Après avoir commencé comme aide familial, Henri Drapeyroux a été pendant quinze ans salarié agricole et pendant vingt-deux ans, chef d'une exploitation de polyculture à Bourrou. Aujourd'hui, il se dit victime d'une injustice. « C'est incroyable : on travaille, on travaille, et on se rend compte que tout cela, on l'a fait pour rien. Pendant plus de cinquante ans, je me suis levé à 5 heures du matin pour traire les vaches et je finissais mes journées à 22 heures. C'est totalement incompréhensible que l'on nous verse si peu. »

Depuis qu'il est à la retraite, Henri Drapeyroux a donc décidé de louer les terres de son ancienne exploitation familiale. « Cela me rapporte 3 000 euros de plus par an. Heureusement que j'ai ça. Sinon, je pense bien que je serais SDF et que j'irais manger aux Restaurants du cœur. »

Le secrétaire national du PS chargé des questions agricoles et député du Sarladais Germinal Peiro a attaqué le gouvernement : « On nous dit qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses pour financer vos retraites. Dans ce cas, pourquoi donne-t-on un chèque de 30 millions d'euros à Liliane Bettencourt qui ne sait d'ailleurs pas ce qu'elle va en faire ? »

En Dordogne, 32 000 anciens exploitants agricoles sont concernés. Depuis le 1er janvier 2010, des pensions ont bien été revalorisées mais de manière bien insuffisante. « Dans le département, seulement une cinquantaine de femmes ont eu une augmentation de leur retraite », explique Roger Tréneule, le président de l'Anraf en Dordogne. « Ce n'est pas normal, tout le monde devrait avoir droit à une hausse de ses pensions. »

Chez le sous-préfet

À 15 heures, direction la sous-préfecture, où certains présidents de l'Anraf avaient rendez-vous avec le sous-préfet de Bergerac, Bernard Pouget. Pendant un peu plus d'une heure, une trentaine de bus ainsi que des tracteurs ont sillonné lentement les rues de la ville en klaxonnant, passant d'une rive à l'autre jusqu'au cœur du centre-ville. Puis les bus se sont dispersés. Ils n'en restaient plus que six, imposants, sur la place Gambetta, pendant l'entretien avec le représentant de l'État. Les retraités attendent, discutent entre eux. Ils échangent sur leur situation. Marie-Madeleine Dumas, une ancienne exploitante de Lanquais, sera à la retraite dès le mois de septembre. Elle a calculé : elle ne touchera que 500 euros de pension par mois. « Je vais être obligée de continuer à travailler. J'ai des problèmes de santé. Je fais de l'arthrose déformante. J'ai le cœur fatigué. Et il faut quand même que j'exerce encore mon métier. »

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"On a payé cher notre liberté"

Marie-Rose Bertrandie a travaillé pendant cinquante-quatre ans au sein d'une exploitation familiale à Alles-sur-Dordogne. Depuis cinq ans qu'elle est à la retraite, elle touche une pension de 486 euros par mois. « C'est révoltant ! Quand on voit ce que gagnent certaines personnes… Ceux du gouvernement par exemple ! »

Pour elle, difficile de voir que ses années de travail ne sont pas rémunérées à leur juste valeur. « Vous vous rendez compte ? On a transpiré à la tâche. On travaillait de 6 heures du matin à 10 heures le soir pour vivre. On a réussi à s'en sortir mais cela n'a pas été facile. On a mené une vie où l'on a dû beaucoup se priver. Ils se moquent de nous en nous donnant une retraite si basse. Sans demander des millions, je pense que je devrais avoir 900 euros. »

Pour compléter sa pension, l'ex-agricultrice continue de travailler sur deux des six hectares de son exploitation. « Je suis obligée. Mon mari, qui est aussi ancien exploitant, touche à peu près 800 euros par mois. À nous deux, on reçoit 1 300 euros. Le fait de continuer à exercer une activité nous permet de gagner 2 000 euros de plus par an. Mais même avec cet apport, cela n'est toujours pas suffisant. On ne peut pas partir en vacances par exemple. On a payé très cher notre liberté. »

Article Sud-Ouest le 21 août 2010